60 ans de l’usine Orano à Narbonne : « On jouait au milieu des bulldozers »

Sandrine Camps a vécu dans un domaine à proximité de l’usine de raffinage d’uranium d’Orano (anciennement Comurhex). En mars 2004, à la suite de la rupture des digues des bassins de décantation, les boues se sont déversées au pied de sa propriété.

« À l’origine, on ne voyait pas l’usine. Elle s’est étendue au fil des années. Jusque dans les années 70 et le début des années 80, elle restait dans son coin. »

Sandrine Camps a vécu à quelques encablures de l’usine de raffinage d’uranium, dans le domaine de ses grands-parents qui est dans la famille depuis les années 30, au pied du Mont des lauriers (Montlaurès). « Pour les Narbonnais, cette usine était loin. La ville ne s’était pas étendue comme elle l’est aujourd’hui. Il n’y avait pas encore de lotissements qui ont fait que la ville s’est rapprochée. »

Sandrine Camps se souvient de « travaux titanesques ». « On se faisait engueuler car on jouait au milieu des bulldozers. Puis on a commencé à voir des fûts. On pouvait accéder aux bassins. Il n’y avait pas de protection. »

Le 30 mars 2004, les digues cèdent

Le 30 mars 2004, la vie de la famille va définitivement basculer.

Les digues des bassins B1 et B2 cèdent, déversant des boues dont on ne sait pas alors ce qu’elles contiennent au pied de la propriété de Sandrine Camps qui y vit avec ses deux enfants et son compagnon. « Je l’ai appris par la radio. Il y avait des boues partout. Au bout de deux jours, ils nous ont dit que tout allait bien mais on n’a jamais eu d’analyses de ces boues. »
On a appris plus tard que ces bassins contenaient des produits radioactifs, des produits comme du plutonium et d’autres analogues, entraînant la classification installation nucléaire de base de ces bassins. Débute pour Sandrine Camps un long combat, épuisant nerveusement, pour ne pas être empoisonné. « Les camions sortaient et rentraient plein de boue. Ils nettoyaient les roues devant chez nous au jet d’eau. »

Sandrine Camps reconnaît s’être sentie seule dans cette lutte. « Il n’y avait pas grand monde derrière nous. Pendant 50 ans, cela a été dégueulasse et personne n’a rien dit », s’énerve-t-elle. Seule aussi parce que « tu affrontes l’Etat ».
Au final, elle a trouvé un accord avec Areva (aujourd’hui Orano) qui est devenu propriétaire du terrain et du domaine. « Dès le départ, quand cela s’est écroulé, ils ont voulu nous racheter. »
Mais la cicatrice n’est toujours pas refermée pour celle qui a passé son enfance dans ce petit coin de paradis. « Je suis en colère car ce site c’est Montlaurès, avec la source de l’Oeillal qui est extraordinaire, un micro-écosystème unique. C’est le berceau de Narbonne, c’est chargé d’histoire. Dans tous les musées de Narbonne, il y a des vestiges de Montlaurès. Et on te dit, tu dois partir pour laisser la place à cette merde. » 

Source originale: L’Indépendant 26 Aout 2019