EDF accusé d’infractions à la protection de l’environnement à Flamanville

S’appuyant sur un rapport d’inspection de l’Autorité de sûreté nucléaire sur le site de la centrale de Flamanville, plusieurs associations ont porté plainte contre l’entreprise.

Des déversements d’acide chlorhydrique à des endroits inappropriés, des alarmes qui ne se déclencheraient pas en cas de débordement de certaines matières ou des fuites non réparées sur des tuyauteries transportant des substances dangereuses… Cinq organisations ont annoncé, mardi 25 août, avoir porté plainte contre Electricité de France (EDF), accusé d’infractions au code de l’environnement et à la réglementation relative aux installations nucléaires de base sur le site de Flamanville (Manche).

« Ces trente-six infractions sont susceptibles d’entraîner des pollutions graves et de mettre en danger les personnes intervenant sur le site, affirment le réseau Sortir du nucléaire, France Nature Environnement (FNE), FNE Normandie, Stop EPR ni à Penly ni ailleurs et le Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire (Crilan). Nous refusons que des problèmes aussi graves restent impunis. »

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« Défauts de surveillance et de maintenance »

Cette plainte s’appuie sur un rapport d’inspection de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) datant de juillet 2019. Pendant deux jours, en juin de la même année, trois équipes de l’ASN et des experts de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont mené des contrôles concernant la protection de l’environnement sur les sites des réacteurs 1 et 2 et du réacteur EPR de Flamanville.

Dans une synthèse d’une trentaine de pages, dont les associations se sont emparées tardivement, l’autorité de contrôle du nucléaire pointe une série de dysfonctionnements et conclut que l’organisation est « perfectible » aussi bien pour la maîtrise des rejets, la gestion des risques non radiologiques ou encore la prévention des pollutions.

« Ce rapport est une illustration du fait que le nucléaire n’est pas l’industrie propre, sûre et bien gérée que dépeignent ceux qui soutiennent cette énergie, estime Charlotte Mijeon, porte-parole de Sortir du nucléaire. Cela montre aussi que les enjeux environnementaux ne sont pas la priorité d’EDF. »

« Des défauts de surveillance et de maintenance ont été constatés sur l’ensemble des activités de collecte des eaux usées de la centrale, explique Guillaume Blavette, membre de la FNE Normandie. Il y a aussi la question de la sous-traitance de sujets techniques très sensibles. Les points soulevés peuvent paraître anecdotiques mais ils révèlent les fragilités des installations nucléaires et le fait qu’elles maîtrisent mal leurs rejets dans l’environnement. »

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Nuage de dichlore et cobalt 60

Parmi les nombreux dysfonctionnements relevés par l’ASN et repris dans la plainte adressée au procureur de la République figure le fait qu’EDF prévoyait de déverser au même endroit, au niveau de la station de déminéralisation, des substances chimiques dont le mélange accidentel est reconnu comme dangereux, avec le risque de formation d’un nuage toxique de dichlore. « La problématique de mélanges incompatibles est source de nombreux accidents dans l’industrie », souligne le rapport, qui demande aux exploitants de « fiabiliser leurs pratiques ».

Le document pointe aussi la présence de cobalt 60, une matière nucléaire radioactive, au milieu de déchets non radioactifs. « C’est une faute avérée qui montre qu’il n’y a pas un contrôle suffisant sur les effluents. Nous portons plainte au titre de la protection de l’environnement, mais les personnes qui travaillent sur les installations risquent aussi d’être contaminées », note Guillaume Blavette.

EDF assure que les points soulevés par l’ASN ont été pris en compte et que des actions ont commencé à être mises en œuvre pour y remédier. « Sur le plan technique, des composants ont été changés ou remis à niveau, précise un porte-parole de l’entreprise. Nous avons également revu totalement la procédure à suivre en cas d’accident et nous avons retravaillé avec les sous-traitants qui s’occupent de l’analyse environnementale. »

Le procureur de Cherbourg a fait savoir, mardi, que la plainte des ONG avait bien été reçue et était en cours d’examen. La centrale nucléaire de Flamanville, qui a connu sept incidents de niveau 1 en 2019 et cinq en 2018, a été placée sous « surveillance renforcée » depuis septembre 2019 par l’ASN.

Source “Le Monde” du 25 Aout 2020

tcna

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